Le bout du voyage

L'an prochain, selon toute vraisemblance, paraîtra chez le Bélial mon dernier roman.
Voilà plusieurs mois que je réfléchis à ce qu'aura été mon parcours d'auteur; à ce que j'aurai manqué, par honnêteté quelquefois, par orgueil déplacé ou intransigeance maladive souvent, ou encore par bêtise tout court; à ce que je n'ai pas pu écrire; aux manuscrits qui dorment toujours au fond de mes tiroirs et que je prendrai bien soin de détruire le moment venu. Alors, je crois qu'il est temps, maintenant, d'arrêter là cette aventure trop solitaire, et longue de plus de trente ans, déjà.
Le cœur n'y est plus, tout simplement. A force de s'égosiller dans un désert presque total, on finit par ne plus avoir de voix. Et il est incontournable, indiscutable, que je n'aurai pas su attirer beaucoup de lecteurs. Enfin, je ne suis plus du tout certain d'avoir encore quelque chose de profondément original à dire. J'ai 60 ans; je me sens vieux.
Olivier, à qui je me suis récemment confié, m'a affirmé, au vu de son expérience d'éditeur, que l'envie finissait toujours par revenir. C'est gentil de sa part, mais je n'ai même plus la force de le croire.

Ne m'en voulez pas trop, vous qui m'avez suivi.

Merci d'être arrivés jusque-là.